Émancipation féminine en RDC : au-delà des lois, un combat de mentalités

Lors d’une intervention remarquée, de la députée nationale Dominique Munongo Inamizi a livré une réflexion profonde sur les limites des approches purement institutionnelles en matière d’émancipation féminine en République démocratique du Congo. Sa déclaration – « On ne décrète pas l’émancipation par une simple loi à Kinshasa ; on la bâtit par un changement de mentalité dans nos villages et nos lieux de culte » – résonne comme un appel à repenser les stratégies actuelles.

Une critique implicite du légicentrisme

Depuis plusieurs années, la RDC a multiplié les textes juridiques en faveur des droits des femmes : parité, lutte contre les violences basées sur le genre, promotion de la femme dans les instances décisionnelles. Pourtant, sur le terrain, les avancées restent contrastées.

Le propos de l’élue met en lumière un décalage persistant entre la norme et la réalité sociale. En d’autres termes, la loi ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une transformation des mentalités, notamment dans les milieux ruraux et traditionnels où les pesanteurs culturelles restent fortes.

Le rôle central de la femme : « ciment de la société »

En qualifiant la femme de « ciment de la société », Dominique Munongo Inamizi souligne son rôle structurant dans la cohésion sociale. Dans de nombreuses communautés congolaises, la femme est à la fois éducatrice, médiatrice et actrice économique.

Mais ce rôle, aussi central soit-il, demeure souvent invisibilisé ou sous-valorisé. Le « ciment » est essentiel, mais il agit dans l’ombre : sans lui, l’édifice ne tient pas, mais il n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur.

Chefferies et églises : des leviers incontournables

L’un des aspects les plus pertinents de cette déclaration réside dans la mise en avant des chefs coutumiers et des leaders religieux comme « piliers » de la société.

En RDC, ces figures d’autorité disposent d’une influence considérable sur les comportements et les normes sociales. Ignorer leur rôle dans les politiques d’émancipation reviendrait à se priver de leviers puissants de transformation.

Ainsi, toute réforme durable devrait intégrer ces acteurs dans une démarche inclusive, en les impliquant dans la promotion des droits des femmes, plutôt que de les contourner.

Une métaphore forte pour alerter

La métaphore utilisée – celle d’un édifice dont le ciment ne lie pas les piliers – illustre avec force les risques d’une approche fragmentée.

Si les lois (souvent élaborées à Kinshasa) ne trouvent pas d’ancrage dans les réalités locales, elles restent inefficaces. Et sans cohésion entre les différents acteurs sociaux, « l’édifice de la paix s’écroulera inévitablement ».

Vers une approche holistique

Ce décryptage met en évidence une exigence : passer d’une politique normative à une stratégie holistique. Cela implique :
• l’éducation communautaire,
• la sensibilisation dans les églises et chefferies,
• l’implication des hommes dans la promotion de l’égalité,
• et la valorisation du rôle socio-économique des femmes.

Le message de l’Honorable Dominique Munongo Inamizi sonne comme un avertissement lucide : l’émancipation féminine ne peut être imposée par décret. Elle doit être construite, patiemment, au cœur des communautés.

Car en définitive, ce n’est pas seulement une question de droits, mais de transformation profonde des mentalités – condition sine qua non pour bâtir une société juste, stable et durable en République démocratique du Congo.

Rédaction

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