ANALYSE | Élection du président de l’Assemblée nationale : entre discipline politique et questions sur l’indépendance de l’institution

Par Michel Kasanga

Le processus de désignation du futur président de l’Assemblée nationale vient de franchir une étape décisive. Le secrétariat permanent de l’Union sacrée de la nation (USN), plateforme politique majoritaire et coalition du chef de l’État Félix Tshisekedi, a réceptionné douze dossiers de candidatures au poste laissé vacant après la démission de Vital Kamerhe. Ces candidatures, toutes issues de la majorité parlementaire, ont été officiellement transmises au chef de l’État, appelé à choisir le candidat unique que l’USN présentera au vote de l’hémicycle.

Cette démarche, présentée par le secrétaire permanent de l’USN André Mbata comme un exercice démocratique et transparent, soulève néanmoins plusieurs interrogations quant au respect de la séparation des pouvoirs et à l’indépendance de l’Assemblée nationale, institution pourtant censée fonctionner de manière autonome conformément à la Constitution.

Une compétition encadrée… mais verrouillée

Selon le communiqué officiel, les douze candidats ont été retenus après dépôt de dossiers conformes au règlement intérieur de l’Assemblée et à la charte de l’Union sacrée. Chaque postulant a signé un acte d’engagement et de loyauté, par lequel il accepte d’avance le choix final du « Chef de l’USN », en l’occurrence le Président de la République.

Parmi les douze aspirants à la présidence de la Chambre basse, on retrouve des figures connues de la scène parlementaire :

Aimé Boji Sangara (UNC)

Dunia Mangu Doudou (UDPS)

Jean-Marie Kalumba Yuma (AAAP)

Didier Kamunda Batundi (ECN/AAAP)

Patrick Matata Makalamba (UDPS)

Jean Baudouin Mayo (AA/UNC)

Crispin Mbindule (UDPS)

Willy Mishiki Buhini (PEP-AAAP)

Christophe Mboso (CRD/AA)

Simon Mulamba Mputu (CODEP)

Singoma Mwanza (Debout la Patrie)

Saïdi Balikwisha (AAD/AA-B)

Cette diversité apparente cache toutefois une réalité politique assumée par l’USN : la décision finale ne viendra pas du vote démocratique interne des députés de la majorité, mais d’un arbitrage politique personnel du chef de l’État. Une procédure qui, dans les faits, concentre le pouvoir de désignation entre les mains de l’Exécutif.

Une Assemblée nationale sous influence présidentielle ?

Si l’Union sacrée vante un exercice de « démocratie interne », plusieurs observateurs politiques y voient plutôt un mécanisme de contrôle du Parlement par le pouvoir exécutif. En confiant le choix final au Président de la République, l’USN renforce une logique de verticalité politique, où les institutions semblent répondre à une hiérarchie politique informelle plutôt qu’aux règles constitutionnelles classiques.

Pour rappel, l’article 100 de la Constitution consacre le rôle de contrôle du Parlement sur le gouvernement. Or, cette fonction constitutionnelle peut difficilement s’exercer pleinement si le président de la Chambre basse demeure redevable politiquement à celui qui l’a désigné. La démarche actuelle interroge donc la capacité de la future Assemblée à jouer pleinement son rôle, notamment face au gouvernement.

Discipline politique ou dérive partisane ?

Certains analystes défendent néanmoins cette démarche en évoquant la nécessité de préserver l’unité au sein d’une coalition vaste et hétérogène, traversée par des ambitions présidentielles et des luttes d’influence. L’acte de loyauté signé par les candidats s’inscrirait ainsi dans une volonté d’éviter les divisions internes et d’empêcher la répétition de crises institutionnelles comme celles observées sous la précédente législature.

Mais d’autres estiment qu’en réduisant la pluralité interne à une obéissance hiérarchique, l’USN s’expose à affaiblir le pluralisme démocratique et le débat parlementaire. En d’autres termes, la discipline politique exigée risque de tourner à l’étouffement des voix divergentes.

Une élection jouée d’avance ?

Au-delà du processus de sélection, la question essentielle demeure : le futur président de l’Assemblée nationale sera-t-il un véritable acteur institutionnel ou un simple relais politique de la Présidence ? Alors que deux postes sont déjà vacants au Bureau de l’Assemblée après les départs de Vital Kamerhe et Dominique Munongo, la manière dont l’USN gère ce renouvellement constituera un test majeur pour la démocratie congolaise.

À ce stade, la compétition semble moins se jouer sur les idées et le programme parlementaire que sur l’adhésion affichée à la ligne présidentielle. Cela aura-t-il un impact sur la crédibilité de l’Assemblée ? Réponse dans les prochains jours, lorsque Félix Tshisekedi dévoilera son « choix souverain ».

En confiant au Président de la République le soin de trancher entre les douze candidatures, l’Union sacrée assume une stratégie politique centralisée. Si cette méthode peut garantir la cohésion politique, elle pose néanmoins un sérieux débat institutionnel : comment concilier allégeance politique et indépendance parlementaire ? Une question fondamentale pour l’avenir de la démocratie parlementaire en RDC.

✍️ Michel Kasanga

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