Dans un contexte politique marqué par des débats récurrents autour d’une éventuelle révision constitutionnelle, la prise de position du sénateur Modeste Bahati Lukwebo sonne comme un rappel à l’ordre institutionnel. Opposé à toute modification précipitée de la Loi fondamentale, il a publiquement taclé Evariste Boshab, dénonçant ce qu’il considère comme une incohérence politique et morale.
« Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes »
Au cœur de son argumentaire, une thèse forte : la République démocratique du Congo ne souffre pas d’un déficit normatif, mais d’un déficit d’application. En affirmant que « le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes », le sénateur met en lumière une réalité souvent éludée dans le débat public.
La Constitution congolaise, adoptée au terme d’un processus historique majeur, incarne un pacte républicain issu d’un large consensus national. La fragiliser par des révisions motivées par des conjonctures politiques risquerait d’ouvrir une brèche dans la stabilité institutionnelle déjà mise à rude épreuve par les crises successives.
La constance comme exigence morale
Lorsque Bahati Lukwebo déclare : « Il ne faut pas être hypocrite. Quand on aime son chef, on lui dit la vérité », il ne s’inscrit pas dans une logique d’opposition frontale, mais dans une posture de loyauté critique. Soutenir un leader ne signifie pas approuver systématiquement toute initiative ; cela implique aussi de prévenir les dérives susceptibles d’entacher l’héritage institutionnel.
Sa critique vise particulièrement ceux qu’il qualifie, de manière implicite, de « géniteurs » de la Constitution et qui, aujourd’hui, plaideraient pour sa révision. Pour le sénateur, ce revirement pose un problème de cohérence politique et d’éthique publique. Comment défendre hier un texte comme socle intangible de la République, et aujourd’hui en relativiser la pertinence au motif qu’il aurait « dépassé » 17 ans d’existence ?
La stabilité institutionnelle comme priorité
Dans les démocraties consolidées, les Constitutions ne sont pas des instruments d’ajustement opportuniste. Elles sont des repères durables qui structurent l’État et protègent les équilibres institutionnels. En contestant l’argument selon lequel une Constitution serait « dépassée » après 17 ans, Bahati Lukwebo soulève une interrogation pertinente : sur quelle base scientifique, juridique ou historique peut-on décréter l’obsolescence d’un texte fondamental en si peu de temps ?
Son positionnement apparaît ainsi comme un plaidoyer pour la maturité politique. Avant de modifier les textes, il conviendrait d’en garantir l’application stricte, d’améliorer la gouvernance et de renforcer la culture institutionnelle.
Un choix de responsabilité
En définitive, la posture du sénateur Bahati Lukwebo s’inscrit dans une logique de responsabilité républicaine. À l’heure où la tentation de la révision constitutionnelle peut être perçue par une partie de l’opinion comme une manœuvre politique, son refus traduit une volonté de préserver la crédibilité des institutions et la confiance des citoyens.
Dans un pays où la stabilité demeure un enjeu majeur, défendre la Constitution, c’est défendre la continuité de l’État. Et pour Bahati Lukwebo, le véritable défi n’est pas de réécrire les règles du jeu, mais de les respecter.
Michel Kasanga

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