RDC : Révision constitutionnelle – Modeste Bahati Lukwebo, Évariste Boshab, André Mbata et Nsingi Pululu croisent le fer

Le débat sur la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo connaît un regain d’intensité à l’occasion du vingtième anniversaire de la Constitution de 2006. Quatre voix majeures de la scène politique nationale ont récemment pris position, révélant des lignes de fracture profondes au sein de la classe dirigeante.

Boshab plaide pour une révision « incontournable »

À l’origine de la controverse, l’intervention du professeur Évariste Boshab, ancien président de l’Assemblée nationale et figure reconnue du constitutionnalisme congolais.

Le 18 février 2026, lors d’un colloque marquant les vingt ans de la Loi fondamentale, il a estimé que le texte de 2006 n’était plus adapté aux réalités actuelles du pays.

« Nous fêtons aujourd’hui les 20 ans. Cela signifie que nous avons déjà dépassé la moyenne. Est-ce une raison pour s’en complaire ou est-ce une raison pour se dire que les réalités qui ont présidé à l’adoption de ce texte ne sont plus les mêmes aujourd’hui ? », s’est-il interrogé.

S’appuyant sur l’analyse du juge américain Stephen Breyer, selon laquelle la durée de vie moyenne d’une Constitution serait de dix-sept ans, Boshab considère que la RDC, avec vingt années d’application, se trouve face à une nécessité d’adaptation.

Selon lui, la révision — voire le changement intégral — ne relève plus d’une hypothèse académique, mais d’une exigence politique et institutionnelle.

Bahati Lukwebo : « Le problème n’est pas le texte, mais les hommes »

Ces propos ont suscité une réaction ferme de Modeste Bahati Lukwebo. Opposé à toute modification de la Constitution, il estime que le débat est mal posé.

Face à la presse ce mercredi, il a déclaré :
« Il ne faut pas être hypocrite. Quand on aime son chef, on lui dit la vérité. Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes. »

Pour lui, invoquer l’âge de la Constitution comme argument scientifique ne tient pas :
« Il ne suffit pas de dire que la Constitution est dépassée 17 ans après. C’est quelle théorie scientifique ? »

Il s’est également dit surpris par ce qu’il considère comme un revirement de certains « géniteurs » de la Constitution :
« Je ne comprends pas comment ceux qui devraient protéger cette Constitution disent aujourd’hui le contraire. »

André Mbata s’indigne : « Les masques tombent »

La sortie de Bahati Lukwebo n’est pas restée sans réponse. Le secrétaire permanent de l’Union sacrée et président de la commission PAJ de l’Assemblée nationale, André Mbata, a vivement réagi.

« “Problème d’hommes” ? Les membres du Présidium, les membres du Gouvernement, les Députés nationaux, les Sénateurs et la Haute Autorité Politique de l’Union Sacrée de la Nation sont-ils au nombre de ces hommes qui seraient le problème du pays ? Les masques tombent enfin ! », a-t-il lancé.

Pour Mbata, l’argument du « problème d’hommes » pourrait être interprété comme une mise en cause globale de la gouvernance actuelle.

Nsingi Pululu : « La Constitution n’est pas un syllabus de Faculté de droit »

Dans ce débat passionné, le député honoraire et administrateur Nsingi Pululu a apporté une lecture plus doctrinale lors d’une conférence organisée par la Coalition Interconfessionnelle pour la Nation (CIN) à Kinshasa, devant des chefs religieux et évêques.

Selon lui, la Constitution ne peut être réduite à un simple exercice académique.

« La Constitution n’est pas un syllabus de Faculté de droit », a-t-il martelé.

Il a développé une vision en trois dimensions :
1. L’acte sociologique : la Constitution est d’abord l’expression de la volonté souveraine du peuple.
2. L’acte politique : elle est ensuite élaborée et débattue par les représentants élus.
3. L’acte juridique : elle est validée par la Cour constitutionnelle avant promulgation par le Chef de l’État.

Pour Nsingi Pululu, la Faculté de droit joue un rôle d’expertise en amont et en aval, mais ne saurait se substituer au législateur.

« Seul un législateur sérieux et compétent est maître de l’interprétation de la Constitution », a-t-il insisté, rappelant que la souveraineté réside dans la capacité des élus à traduire fidèlement l’âme du peuple dans le droit positif.

Un débat aux implications majeures

Entre l’approche révisionniste défendue par Évariste Boshab, la posture conservatrice de Bahati Lukwebo, l’indignation politique d’André Mbata et l’analyse institutionnelle de Nsingi Pululu, le débat dépasse désormais le cadre académique pour s’installer au cœur de l’arène politique.

À vingt ans d’existence, la Constitution de 2006 se retrouve ainsi au centre d’un dialogue crucial sur la stabilité institutionnelle, la légitimité démocratique et l’avenir de la Troisième République.

Reste à savoir si ce débat débouchera sur un consensus national ou s’il accentuera davantage les fractures au sein de la majorité et de la classe politique congolaise.

✍️ Michel Kasanga

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