TRIBUNE | Paie des fonctionnaires de l’Etat en RDC : la crédibilité budgétaire en question

Par Michel Kasanga

Il y a des signaux faibles qui, à force de se répéter, deviennent des signaux d’alerte. La paie irrégulière des fonctionnaires en République démocratique du Congo en est un. Au-delà des retards et des justifications techniques, une vérité s’impose : la régularité salariale est le miroir le plus fidèle de la crédibilité budgétaire d’un État.

Dans tout pays, payer ses agents n’est pas une option. C’est une obligation fondamentale, un socle du contrat social. Lorsque cet engagement vacille, c’est toute la confiance entre l’État et ses citoyens qui s’effrite.

Une confusion entretenue

Dans l’opinion, la tentation est grande d’attribuer les retards à la Banque Centrale du Congo (BCC). Pourtant, cette lecture est réductrice. La banque centrale exécute, elle ne décide pas de la disponibilité budgétaire.

La question centrale se situe ailleurs : dans la planification, l’arbitrage et la discipline budgétaire. Autrement dit, au cœur même de la gouvernance financière publique.

Le symptôme d’un mal plus profond

Les retards de paie ne tombent jamais du ciel. Ils traduisent des failles structurelles :

D’abord, une planification budgétaire souvent déconnectée des réalités. Les lois de finances reposent parfois sur des projections optimistes, fragilisées par la volatilité des recettes.

Ensuite, une gestion de trésorerie encore trop réactive. Sans programmation rigoureuse des flux financiers, l’État navigue à vue, arbitrant dans l’urgence au détriment de ses engagements sociaux.

Enfin, un déficit persistant de redevabilité. Dans un système où les responsabilités sont diluées, les défaillances deviennent collectives, donc invisibles.

Le coût humain du désordre budgétaire

On parle souvent en chiffres. Mais derrière les statistiques, il y a des vies.

Un fonctionnaire payé en retard, c’est une famille qui s’endette.
C’est un enseignant démotivé.
C’est un infirmier fragilisé.
C’est une administration affaiblie.

À terme, c’est l’autorité même de l’État qui se délite. Car un État qui ne tient pas ses promesses salariales perd progressivement sa légitimité morale.

Restaurer la confiance : une urgence nationale

La solution ne viendra ni d’un discours ni d’un effet d’annonce. Elle exige du courage politique et de la rigueur technique.

La République démocratique du Congo doit impérativement s’engager dans une refondation de sa gouvernance budgétaire.

Cela passe par des prévisions réalistes, débarrassées des optimismes de circonstance.
Cela exige une gestion de trésorerie transparente, lisible et anticipée.
Cela impose un véritable cadre de contrôle, où chaque défaillance trouve un responsable clairement identifié.

La crédibilité d’un État ne se décrète pas. Elle se construit, mois après mois, engagement après engagement.

Une question de volonté

Au fond, la crise actuelle n’est pas qu’une crise de liquidité. C’est une crise de priorités.

Un État révèle toujours ses choix par ce qu’il paie en premier. Lorsque les salaires deviennent une variable d’ajustement, c’est que l’essentiel a cessé d’être essentiel.

Il est temps de remettre la dignité de l’agent public au centre de l’action publique. Non par compassion, mais par exigence républicaine.

Car la crédibilité budgétaire commence là où s’arrête l’improvisation : dans la capacité d’un État à honorer sa parole.

✍🏾Michel Kasanga

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